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Réponse à la tribune des 173 enseignants-chercheurs en psychologie : une critique éloignée des réalités cliniques

Nous, psychologues conventionnés avec l’Assurance Maladie, membres de l’Association Nationale d’Information et de Défense des Psychologues Conventionnés, connaissons de l’intérieur le dispositif Mon Psy — ses apports comme ses limites. Depuis sa mise en œuvre, nous avons multiplié les propositions concrètes pour le réformer, en nous appuyant sur notre expérience collective du terrain.

La tribune récemment signée par 173 enseignants-chercheurs appelle à un moratoire du dispositif. Elle prétend s’appuyer sur des arguments scientifiques, mais repose en réalité sur une généralisation méthodologiquement faible — à commencer par l’utilisation brute d’une moyenne de 4,8 séances par patient (sur 8 maximum pour cette étude). Une moyenne sans dispersion (écart-type, distribution) ne signifie rien : elle ne rend compte ni de la diversité des parcours, ni de la complexité des situations cliniques. C’est un biais statistique très élémentaire.

Plus préoccupant encore : la majorité des signataires ne voient pas de patients. Jamais. En France, il n’est pas nécessaire d’exercer en tant que psychologue pour enseigner la psychologie clinique à l’université. Ceci contribue à une fracture entre les postures académiques d’où ils s’expriment et les réalités de terrain que nous vivons. Le recrutement à l’université ne valorise ni la pratique clinique ni l’expérience thérapeutique. La psychothérapie est absente de nombreux cursus de psychologie, et le Conseil National des Universités (CNU) n’inclut pas l’exercice professionnel dans les critères de recrutement des enseignants de psychologie ! Résultat : des formations éloignées de la prise en charge psychique, et une parole universitaire qui prétend représenter une profession tout en ignorant son exercice.

Pour autant, nous partageons certaines critiques faites au dispositif : 12 séances, c’est souvent trop peu ; 50 euros, ce n’est pas toujours viable — et certainement pas viable pour toujours. Mais contrairement à cette tribune, nous formulons des propositions :
– Suppression du plafond annuel de 12 séances ;
– Possibilité de dépassement d’honoraires ;
Et nous ajoutons des points que cette tribune passe sous silence :
– Réforme du code de déontologie de la profession en code opposable légalement ;
– Suppression des critères d’exclusion actuels (co-construits par le Syndicat National des Psychologues (SNP) et la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie (FFPP)), qui fragilisent notre exercice au quotidien
– Organisation d’élections professionnelles pour légitimer démocratiquement les instances représentatives, qui, actuellement, s’auto-désignent.

Les auteurs de la tribune dénoncent une “psychothérapie d’État” tout en gardant le silence sur la réalité actuelle des Centres Médico-Psychologiques (CMP) : des structures publiques où les psychothérapies sont bel et bien financées par l’État. La question n’est pas l’existence d’un financement public d’un service public, mais sa sous-dotation chronique en termes d’égalité et de qualité de l’offre.

Curieusement, la tribune ne dit rien non plus sur :
– Le taux d’encadrement universitaire catastrophique des étudiants en psychologie en France, qui est le plus bas d’Europe toutes filières confondues ;
– L’absence de formation continue obligatoire et accessible, actuellement optionnelle et très onéreuse ;
– L’absence de référentiel commun dans la formation initiale des psychologues. Aujourd’hui, les contenus varient fortement selon les universités.
AID-Psy-Co porte des revendications sur ces points.

Nous vivons la coopération entre exercice libéral et institutionnel comme les CMP. Nous savons que nos patients ont besoin de soins accessibles et encadrés. Suspendre, par moratoire, ce dispositif sans alternatives, c’est priver des milliers de patients d’un accès aux soins remboursés, sans répondre aux véritables défis de la profession.

Le dispositif, vu par nos patients, c’est un accès facilité, loin de la stigmatisation, l’accès à un professionnel formé et expérimenté, et c’est aussi le choix de son thérapeute parmi tous les courants et techniques proposés (car plus de psychologues sont conventionnés, et plus le patient a le choix) — ce qui n’est pas possible actuellement dans les secteurs hospitaliers.

Enfin, cette tribune passe sous silence :
– La prolifération d’offres psychothérapeutiques non encadrées : aujourd’hui, n’importe qui peut se prétendre thérapeute et pratiquer la psychothérapie — mais c’est l’offre de psychologues diplômés dans les facultés de psychologie où ces enseignants enseignent, psychologues remboursés par la Sécurité sociale, qu’il faudrait supprimer ?

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