ActualitĂ©s de l’association
Protection de l’enfance et santé mentale : jusqu’où tiendra-t-on ?
Dans nos cabinets de psychologues, nous accueillons de plus en plus d’enfants et de jeunes marqués par des parcours de protection de l’enfance – ou par l’absence de protection là où elle aurait été nécessaire.
Il y a aujourd’hui un lien direct entre les difficultés d’accès aux services de protection de l’enfance et ce que la santé mentale tente de rattraper.
Mais jusqu’où tiendrons nous ?
Le dispositif “Mon soutien psy” rencontre un réel écho, notamment parce qu’il rend possible l’accès aux soins psychiques pour ces jeunes. Il peut être un outil précieux pour accompagner durablement ces jeunes issus des parcours de protection de l’enfance, à condition qu’il soit renforcé, soutenu et adapté à la réalité du terrain.
Nous demandons la levée du plafonnement des 12 séances par année civile.
Accompagner un jeune issu de la protection de l’enfance, ce n’est pas colmater une brèche, c’est engager un processus de reconstruction. Cela exige régularité, alliance, continuité. Ce travail ne peut pas être limité dans le temps quand les blessures sont anciennes et profondes. Un mineur maltraité, négligé ou institutionnalisé, c’est aussi un futur adulte plus à risque de burn-out, de conduites addictives, de troubles anxieux ou de ruptures sociales. La prévention, ici, n’est pas un concept : c’est une urgence.
Nous demandons également la levée des critères d’exclusion du dispositif, notamment pour ces jeunes qui traversent des moments de grande vulnérabilité – parfois marqués par des pensées sombres, des conduites à risque, ou déjà confrontés à des troubles repérés.
Les écarter de l’accès aux soins, c’est nier à la fois la complexité de leurs parcours et leur capacité à aller mieux. C’est aussi ignorer que ces jeunes, bien accompagnés, ont une formidable force de résilience.
Notre rôle n’est pas de les exclure, mais de les soutenir, de les contenir psychiquement, et de leur offrir un espace stable pour se reconstruire. Le soin psychologique, pour eux, doit être un levier d’espoir et de transformation, pas un privilège conditionné à des critères d’admission rigides.
Derrière ce constat, il y a une alerte : la désarticulation des politiques publiques, entre protection et prévention, entre social et soin, entre urgence et continuité. Ce sont les jeunes placés, confiés, oubliés parfois, qui en subissent les conséquences.
Il est temps de sortir des logiques de rafistolage. Il est temps de penser le soin psychique des jeunes protégés comme une véritable priorité nationale : profonde, cohérente, coordonnée. Un soin qui relie les institutions, qui pense la santé mentale comme un pilier de la reconstruction, et non comme un luxe ou un ultime recours.
Car ce que nous défendons, c’est une société qui soigne – vraiment. Une société qui protège et répare, sans délaisser. Une société qui croit encore qu’un accompagnement psychologique bien mené peut changer un destin. Une société qui investit dans ses enfants, pleinement.

